Corcovado, Copacabana, Samba, Macumba, Maracanã, Cariocas, Pain de Sucre, Carnaval… Rio de Janeiro catalyse rythmes et couleurs tropicales inondés par un soleil cuisant face au bleu immense de l’Atlantique Sud.
Pas 100 % dans mes plans durant ce voyage, un sentiment de trop vaste, trop dispendieuse, trop bruyante et surtouristique. C’est en cherchant un canapé-lit (couchsurfing) à Buenos Aires qu’Éric, à deux clics de sa réservation, me répond qu’aux dates projetées, il serait en vacances à Rio…
Top là ! Comme en bien d’autres occasions, l’impro-pportunité posa son pion sur la case Cidade Maravilhosa du dédale de mon hiver d’errant.
J’avais aussi en magasin l’enthousiasme d’Anne pour Rio, ses séjours prolongés, ses commentaires cinq étoiles, son visage lumineux lorsqu’elle évoque la ville.
Venant d’une fille lectrice éclairée d’A. Volodine, il m’était impossible de négliger son appétence pour la cité phare du carnaval.

Se déplacer dans Rio de Janeiro
Rio compense son immensité (1240 km² — 4 x Montréal, 11 x Paris —) par un réseau de transport en commun tentaculaire hyper efficace. La ville offre un maillage rationnel combinant bus, tram et métro, parfaitement maîtrisé par Google Maps et apps consorts. Un vrai confort !
Les billets varient de 5 à 10 reais par voyage (février 2026), se payent cash au chauffeur dans les bus, s’achètent de même dans le métro. Seul le tram’ impose une carte magnétique à recharger. Et si, vieux veinard, vous êtes fiché « Z’aînés » (65 ans et +), même simple touriste, tout ça c’est cadeau.
Les déplacements sont souvent très longs, mais les lignes sont faciles à identifier et les bus s’avèrent fréquents. Ils imposent patience et longueur de temps qui, vous êtes bien d’accord avec moi, font plus que force ni que rage.
Ensuite? Marchez, il n’y a pas mieux pour vous imprégner du magnétisme de chaque quartier.
Rions de Rio

Très peu de vieilles pierres… Que s’est-il passé?
Bien que le centre-ville abrite encore quelques trésors coloniaux, l’évidente rareté de monuments ou de façades historiques ou remarquables s’explique par :
1) le climat tropico-destructeur et
2) la volonté farouche de modernisation urbaine des autorités dès les années 30.
Peu versée dans la protection du patrimoine, la ville s’est gratte-cielisée, insensible à la dichotomie des édifices et au manque d’harmonie de l’ensemble ( là, je titille à la fois l’euphémisme et le pléonasme).
Allez, c’est vrai, quelques irréductibles édifices manuélins résistent encore et toujours à l’appétit de cette urbanisation dénuée de personnalité.
Fureter les incontournables du centre-ville
…en une journée piétonne bien relax.
On part du
Théâtre et Beaux-Arts, la Parenthèse Parisienne :

Place Floriano, le Théâtre Municipal, duplicata miniature du Palais Garnier, se pare d’or, de marbre et de sculptures allégoriques. Plus petit que son frère de São Paulo construit à la même période, il fut conçu pour accueillir en priorité des spectacles musicaux, orchestres philharmoniques et opéras.
Dans l’ombre d’une massive tour de verre fumé, la photo qui le mettrait en valeur n’est pas évidente à cadrer. Il ne se visite pas.
Juste en face,
Le Musée des Beaux-Arts (MNBA) : la résistance académique.
C’est calme, c’est haut de plafond, les collections sont classiques, les galeries élégantes. C’est aussi une pause air conditionné bienvenue car il fait déjà très chaud (entrée gratuite pour papy et mamy).
À quelques pas,
La Cathédrale Saint-Sébastien : brutaliste.
C’est l’histoire d’une pyramide maya qui rencontre un silo à grains soviétique. Ah, l’amour ! Ils enfantent la Catedral São Sebastião.
Référence absolue de l’architecture brutaliste féroce, bourrue et musclée, c’est un cône de béton massif de 75m éclairé par quatre vitraux monumentaux qui partent du sol pour rejoindre ce qui ressemble à un cône sommital. Leur rayonnement mystique dans cet antre de grisaille ne suffit pas, l’intérieur reste glacial. C’est imposant, lourd et divinement louche.
Toujours pas bien loin,
L’escalier Selarón : un puzzle obsessionnel.


Changement de décor à la limite des quartiers Santa Teresa et Lapa. On arrive devant le trop populaire « Escalier Selarón » (consulter Instagram pour profiter du pire).
De 1990 à 2013, Jorge Selarón (artiste-carreleur autodidacte) recouvre les 215 marches de « l’escalier du couvent de Santa Teresa » de faïences de récupération provenant de divers stocks et contributions du monde entier.
Vingt ans de collage plus tard, c’est un chaos de céramiques plus ou moins brisées qui habille ledit escalier, une œuvre de recyclage dont la touche de délire reste inoffensive.
J’y cherche des pièces originales comme on cherche Charlie. Je dégote un carreau de Pétra, la cathédrale de Köln, les provinces maritimes du Canada, une reproduction d’un couvercle de camembert…
Sympathique, amusant, insupportablement noir de monde.
Juste à côté,
L’aqueduc de Lapa (Arcos da Lapa) : Anecdotique en titi.

Ces arches qui furent blanches sont une prouesse architecturale me dit-on… Ah bon ? Ben, franchement, cet aqueduc me semble d’une banalité affligeante. Haut sans excès, blanc à repeindre, utilisé par le Bondinho (le tram), le truc manque singulièrement de poésie à moins d’être un passionné de génie civil colonial, et encore !
On s’emmanche dans les ruelles et là, bonheur , voici
Le Cabinet Royal Portugais de Lecture (sanctuaire de Borges).


Classée dans le top 10 des plus belles bibliothèques au monde. C’est une cathédrale de bois noble où 350 000 livres sont rangés serrés dans des rayonnages qui s’élèvent jusqu’au plafond.
Silence respectueux. On aimerait ouvrir quelques-uns des grimoires alignés ou prendre la place d’un des trois préposés à l’entretien qui, chaussés de gants blancs, déplacent un à un, avec une extrême précaution, les manuscrits et ouvrages pour en épousseter les jaspages. Plus zen, tu meurs. (Entrée gratuite pour tous)
Enfin, à une encablure,
Le Musée de Demain (ou de l’avenir) :
chronique du mur vers lequel l’humanité fonce.

Sur les docks, en front de mer, le Museu do Amanhã.
Depuis le ciel, l’architecture de Santiago Calatrava Valls se rapproche d’une chaloupe futuriste, d’un vaisseau stylisé prêt à glisser sur la baie. Vraiment réussi! À l’intérieur, une expo-immersion technologico-impitoyable.
Musée sur l’anthropocène, le climat et les choix du genre humain (surtout foireux depuis un bon siècle) qui flinguent la planète à vitesse grand V.
L’expo photo est aussi originale dans sa présentation que magistrale dans sa complétion.
Cultures, rites, habitat, faune, flore, biotopes, etc., que l’Homme s’acharne à bousiller dans sa mondialisation forcenée. C’est lumineux, intelligent, réaliste alarmant, ça aimerait conscientiser (entrée gratuite pour qui vous savez).
Pour conclure cette randonnée urbaine
Grand écart entre la nostalgie d’un empire portugais déchu et la dystopie climatique post exotique annoncée, cette journée piétonne dans le centre de Rio passe aussi par mille cafés, bars de trottoirs, bouffe de rue (salgados), buffets au poids, marchands de souvenirs-babioles, artisanats, sapes colorées, musiques et foule bigarrée brochette à la main. Une vraie chouette journée de traînard.
Vous allez me dire : une seule journée culturelle, ça fait pas lourd! C’est vrai, mais le « truc », c’est que
le vrai pouvoir de séduction de Rio est ailleurs.
Rio de Janeiro : l’autre verticalité
Dans lequel le héros » s’immerge dans la moiteur de Rio », rédigé avec une pincée de sel marin et beaucoup de chlorophylle.
À Rio, la géographie n’est pas un décor, c’est une provocation. La ville ne s’étale pas, elle s’accroche. Entre deux boulevards dont le bitume fond sous la température criminelle, surgissent les morros, ces gigantesques éperons de granit recouverts d’une jungle dont l’intention, n’en doutez pas, est un jour ou l’autre de tout se réapproprier.
Mais soyons clairs, randonner les espaces verts de Rio ( dont le parc national Tijuca – 4000 hectares en pleine ville -) et les morros, c’est signer un pacte tacite avec une hygrométrie sans limites: la moindre marche vous transforme en éponge à esquicher… Chaque panorama sur la ville et l’océan atteint en vaut la peine.
Une jungle en mode « tout compris »
Marcher sur un sentier carioca, c’est s’entourer d’une flore dont l’exubérance se montre quasi discourtoise. Les orchidées, les bromélias s’accaparent chaque centimètre de tronc, tandis qu’à l’instar d’une épée de Damoclès, le Jaca, fruit du jacquier, menace ton passage de ses dix kilos de pulpe et de noyaux.



Côté faune, la compagnie est variée. Les micos (ouistitis/marmousets) te toisent avec le mépris souverain du gars du coin qui grimpe pieds nus. Le Teiú, un lézard au format « microcodile de jardin », traverse le chemin avec nonchalance, les serpents, eux, se défilent. Il manque les toucans sensés nicher par là. Pas vus, pas pris… en photo.



Des classiques à escala-randonner
O morro da Urca :
C’est le premier tronçon des deux téléphériques qui mènent au Pain de Sucre (à 220 m d’altitude). Facile, rapide, satisfaisant (30mn max). Cette promenade s’achève sur la plateforme panoramique qui surplombe la baie de Guanabara (accès gratuit).
Parfait pour se donner une contenance sportive et s’autoriser une Brahma de 35 cl avec vue.
Morro Dois Irmãos :
Pour se rendre « aux deux frangins », il faut traverser la favela de Vidigal (frémissements de rigueur). Courte mais intense (533 m de dénivelé, 70min) cette montée est récompensée par une vue plongeante sur Ipanema, l’autre méga plage iconique de la ville.
Pedra da Gávea :
Plus sérieux avec 840 mètres de dénivelé (2h). C’est une grimpette qui vous fera regretter d’avoir de
l’arthrose aux genoux et qui suggère une chorégraphie de gecko lors du passage dit de la Carrasqueira, un mur granitique avec de bonnes prises, bougrement exposé.
Plus incontournable…
Le Trail du Corcovado
Passage obligé s’il en est, le Christ Rédempteur est à Rio ce que la tour Eiffel est à Paris, ou l’Empire State Building à New York : un faut-y-aller, faut-y-grimper, faut-s’y-selfier.
Au Corcovado, 99 % des milliers de visiteurs quotidiens empruntent le funiculaire ou un van d’agence autorisée. Ce troupeau quotidien parcourt à bon compte les 800 m de dénivelé qui séparent le Rédempteur de la plage pour s’entasser face à lui, photophone à bout de bras.
Chacun cherche l’image souvenir idéale, l’angle favorable ou l’égoportrait le plus fanfaron.
« J’ai fait le corcovado, t’as vu ? C’est moi là. Tu te rends compte ? T’es jaloux hein,
regarde ma moue aguicheuse, mon maquillage de pouf et mes faux cils en nylon. J’te fais pas envie ? Allez, lâche-moi un like si t’es un des 3460 amis, j’ai claqué 120 réals pour faire ces 80 incroyables photos de moi, ça mérite non !? « .
Méchante époque.
Les autres, résidus de marginaux, s’offrent le « trail du Corcovado », un sentier de 4 km qui part du joli parc Lage (en rénovation en ce fév. 2026) et débouche sur une entrée annexe au site. 1 h 30 de rando urbano-sylvestre accompagnés du piaillement du Tiê-sangue (Tangara écarlate)… Écarlate c’est peu dire. Quelques ouistitis (marmousets) convoitent mes trognons de pommes.


Le tintamarre de la ville, lui, s’est tu. Le chemin est unique, bien tracé, la pente est régulière, abordable à tous. C’est la moiteur ambiante qui, comme toujours rend l’exercice éprouvant.
Cet effort pédestre ne dispense pas des 60 réals du ticket d’entrée sur le site. Dommage!
Descente par le même chemin.
Et le Pain de Sucre ?
Ok, mais alors par la face Sud.
Le granit du monument naturel ne peut laisser indifférent tout amateur d’escalade en dalle.
Une recherche Web m’apprend qu’il y a des centaines de voies sur les morros de Rio de Janeiro.
En premier lieu (et pour répondre à l’étonnement d’Isabelle C), il faut savoir que le Pain de Sucre n’est pas un gros menhir comme le laisse penser 100 % des photos qui traînent sur le Web. Non non!
Derrière ses impressionnantes face Est et Nord, le Pão de Açúcar a un « dos rond, végétalisé ».
La voie Costão avec Domingos
Débusqué sur le site climbinrio.com, très réactif sur WhatsApp (+55 21 96924-9250), on parle grimpe, je lui demande une ascension aérienne, 100% plaisir. Il me propose la Costão, la voie historique, très populaire parce que vraiment facile.
Domingos va mener cette petite aventure avec professionnalisme, sourire, cool attitude et anecdotes plein son sac à pof.
Il prête chaussons d’escalade, casque et gèrera l’assurance de la longueur encordée.
La dépense($$) ne dépasse pas le coût d’une via ferrata SEPAQ encadrée par un ado boutonneux sans expérience dans Charlevoix… Sans commentaires. Un gros billet quand même dans mon voyage, que je lâche avec un immense plaisir ; Ce trip pourrait bien être la dernière grimpe de ma vie avec tout ce qu’elle a d’épatant et de symbolique.



C’est un terrain d’aventure, dont le cheminement alterne:

- des sentiers arborés vraiment très très abrupts,
- des grandes dalles à remonter en adhérence sur les pieds,
- de la grimpette dans le 3 à travers des amas de pierres stables et
- une longueur d’escalade qui nécessite l’encordement (un pas de 4+ max).
Naturellement, une telle approche serait totalement proscrite au Québec, la glissade manquant singulièrement d’humour.
Cette sortie s’adresse donc uniquement aux personnes insensibles au vertige, aux grimpeurs qui ont de la bouteille (de préférence des grands crus) et un tantinet de témérité.
L’affaire est réglée en 4 heures de bonheur, cette dalle c’est de la balle ! Clic clac Kodak , je ne veux pas oublier ce gars là.
Rio de Janeiro ne se visite pas, elle s’infuse
Une atmosphère, des quartiers à siroter caipirinha (cocktail au citron) au bout de la paille, une effervescente à assimiler… et beaucoup d’excès en fin de semaine. C’est ainsi que la magie opère.
Lapa : le chaudron dominical
Le dimanche, alors que tout est fermé, Lapa se transmute en bazar, entre vide grenier et bimbeloterie le long de la rue praia do Flamengo. Du légume à la brocante, de la fringue aux bijoux fantaisie, les étals exposent leur diversité tous azimuts : On y chine des vinyles oubliés, des réflex collector, des meubles Art
Déco impensables, poussés par une foule compacte brochette à la main. La nuit tombée, les bars de rue se lâchent : énergie, vibrations alcoolisées, les fêtards se laissent aller au-delà du delà.
Enfin c’est ce qu’on dit, moi, il y a longtemps que je suis rentré 🙂

Quartier Santa Teresa : le village perché
C’est un Montmartre tropical en plus pentu. Le mythique Bondinho jaune ( importé de Lisbonne ?) qui grince comme un vieux disque de samba en montant, est le bienvenu. Les villas coloniales tombent en ruine avec l’élégance d’une aristocrate déchue. Les ateliers d’artistes se cachent derrière des bougainvilliers en furie. C’est le quartier où l’on boit une bière artisanale en regardant la ville d’en haut, avec ce sentiment délicieux d’être à l’abri du chaos.
Copacabana : la vieille dame fatiguée
Soyons objectifs : « Copa » est pas mal surfaite. Telle une carte postale qui aurait traîné trop longtemps au soleil, elle trimballe l’image d’un âge d’or perdu à laquelle même les vendeurs de paréos qui vous harcèlent ne croient plus. C’est bruyant, c’est bétonné, le sable est souvent plus chargé de mégots que de coquillages, les surfeurs sont ailleurs. Rio a tellement de plages !



